VISAGES DE LA MISSION.
Minuit à Paris, 7h à Tokyo. Après son heure de prière, Rémi prend le train à la gare de Kawagoe. Depuis plus de 20 ans, il est ouvrier au Japon. Membre de la Mission Ouvrière St Pierre St Paul (la MOPP) fondée par le P. Loew, il fait équipe avec Louis et Giovanni. Ils partagent, avec un réseau d’amis, prière, lecture biblique, culture religieuse et repas. Rémi est actif en paroisse. Une paroisse, dans une ville de 450000 habitants, dans l’immense agglomération de Tokyo, c’est petit. Les gens ont parfois une heure de transport pour s’y rendre. Celle de Kawagoe est tenue par Charles-André, franciscain chaleureux au bel accent de Rocamadour.
Rémi a sa famille à Créteil. Depuis peu il se prépare à la prêtrise. En trois semaines et quelques jours au Japon, deux autres prêtres originaires de notre diocèse m’ont accueilli, Henri Malin à Shizuoka, sur la côte Est, 200 km au sud de Tokyo et Jean Waret à Utsunomiya, 100 km au nord, membres des Missions Etrangères de Paris (MEP).
Henri Malin fut un des derniers missionnaires de Chine avant leur expulsion en 1951. On l’envoya alors au Japon. Ce furent des années de croissance des communautés : création d’école, fondation de paroisse, construction de bâtiments. Un ministère d’amitié et de fidélité apparaît en filigrane : un homme baptisé avec toute sa famille après des années de dialogue, un pasteur protestant devenu son ami et ordonné prêtre, visites dans ses anciennes paroisses. Avec lui je rencontre Hamasaki, jeune prêtre et fort caractère, engagé au côté des sidéens, d’une population rejetée, les Burakumim, des « sans domicile ». Un vrai missionnaire, dit son curé, Michel G., lui-même prêtre des MEP, qui assure la vie paroissiale. Longue conversation où il faut tout traduire, mais le whisky aide beaucoup à se comprendre…
Jean Waret était au séminaire de Versailles à l’époque où montaient en puissance les pays non-alignés : il a choisi la mission au loin. Envoyé au Japon depuis 1962, c’est un organisateur de communauté, un chercheur de chemins nouveaux. Par exemple l’accueil des jeunes qui demandent le mariage à l’Eglise catholique sans faire encore le pas de la foi et du baptême. Son église, en belle pierre du pays, est un monument touristique, un lieu de culture et de rencontre. Je garde le souvenir d’une soirée amicale chez le président élu du conseil paroissial.
Le Shinkansen, train à grande vitesse, s’arrête à Kokura, correspondance pour Nagasaki. Pierre Kamatsu, jeune prêtre qui a étudié à Paris, nous accueille. Nagasaki, ville martyre du Japon, 9 août 1945… Bouleversante visite des lieux de mémoire. C’est aussi la région des premiers missionnaires, puis de la persécution et des « chrétiens cachés » isolés pendant deux siècles, qui reprirent contact en 1864 avec les missionnaires revenus.
A Shimonoseki, face à la Corée, il y a des « Petites Sœurs de Jésus ». Clara, coréenne, aide-ménagère comme Assunta, Monica ouvrière en conserverie ; Teresa, retraitée, assure la vie communautaire. La vie pauvre dans un quartier pauvre. Un grand moment de partage, simplicité, joie, prière.
Les visages de la mission ce sont aussi Yuji, Izumi, Carole, Kazuko, jeunes gens avec qui nous passons une agréable journée à visiter les temples de Kamakura, près de Tokyo. Carole nous guide dans ces lieux qui remontent à l’époque de la chevalerie, Kazuko fait brûler de l’encens, des visiteurs déposent leur offrande, font une prière, consultent le sort, demandent une bénédiction. Surprenant, dans ce Japon prospère et technique !
Les parents d’Izumi fréquentent une petite paroisse chaleureuse ; Rémi y anime la prière un dimanche sur deux. Ici, la réserve japonaise cède un peu sous l’influence des familles vietnamiennes. Au Japon, les migrants sont une question d’actualité.
Beaucoup de gens rencontrés. Vivre quelques jours avec eux, ce fut rencontrer les visages de la mission aujourd’hui.
Gérard Seitz
Quelques photos prises pendant ce séjour au Japon
Henri Malin, une ancienne institutrice paroissiale et sa fille.
« Par nos écoles nous avions des contacts avec de nombreuses familles et c’était juste après la guerre. Plusieurs familles tout entières demandèrent d’être instruites de notre sainte religion et j’ai eu la joie d’administrer de nombreux baptêmes. Les premières années, la communauté chrétienne comptait quelques dizaines de personnes. 27 ans après (…) j’ai quitté, le cœur gros, une communauté de plus de 500 fidèles. »
Les « Petites Sœurs de Jésus » à Shimonoseki
Jean Waret, curé de l’église d’Utsunomiya.
« Je travaille dans le cadre d’une paroisse, mais une paroisse qui se veut missionnaire. Maintenir le contact avec les chrétiens, un millier environ, plus quelques centaines d’étrangers…liturgie… partage de bible… catéchuménat… et la rencontre avec des gens qui se présentent de toutes origines et dans toutes sortes de circonstances. Les principaux groupes linguistiques dans la ville sont les Coréens et les Chinois ; ceux qu’on voit à l’église sont les Philippins, les Brésiliens et d’autres latino-Américains… Je suis très reconnaissant au diocèse de Créteil de nous envoyer des informations, le bulletin diocésain, des lettres au moment de la Semaine Missionnaire. »
Rémi prêche dans une paroisse pauvre et vivante où il y a plusieurs familles vietnamiennes.
« Je travaille dans une petite usine d’électronique depuis 15 ans (…). Les circonstances, les gens avec qui on vit, font que chaque fois l’Evangile devient nouveau (…). Je n’ai jamais rencontré des gens qui me disent « je suis de telle religion » mais plutôt une religiosité, la foi est quelque chose de très vague. »
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